FABIEN TOUCHARD À RONCHAMP : CREATION DE SON CONCERTO POUR VIOLON «… THEN THE NIGHT SHALL BREAK »

Fabien Touchard à Ronchamp

« Can you try it ? » La demande du compositeur est délicate. L’orchestre rejoue la mesure en prenant en compte la remarque de Fabien Touchard. Fabien Touchard écoute pour la première fois les notes qu’ils a écrites sur sa partition. Ce moment là, « c’est toujours une petite aventure » confie le compositeur. Un œil sur ses écrits, l’autre sur l’orchestre, le jeune homme est assis dans l’oratoire des clarisses dessiné par Renzo Piano sur la colline de Ronchamp. En face de lui, les jeunes musiciens de Musique aux 4 Horizons dirigé par la soliste Marianne Piketty. Ces artistes n’ont eu que quelques heures de répétitions avant l’arrivée de Fabien Touchard et, pourtant, la pièce est en place. Maintenant, il s’agit d’ajuster et d’interpréter les intentions du compositeur. Et même si ils ont pu être légèrement perdus au début des répétitions, les musiciens ont trouvé leurs repères.

C’est une des vocations de Musique aux 4 Horizons. Chaque l’association Les 4 Horizons et Marianne Piketty, la directrice artistique de cette semaine musicale, demandent à un jeune compositeur d’écrire une création. Cette fois-ci, il s’agit d’un concerto pour violon et orchestre de chambre. Fabien Touchard n’a eu qu’une seule indication pour trouver son inspiration : le mot Équilibre, thème de cette 6e édition.
Clés d’écoute avec Fabien Touchard
Équilibre pour un compositeur, cela peut déjà évoquer une « gestion du temps, explique Fabien Touchard lors des clés d’écoute données aux spectateurs du concert de la chapelle de Ronchamp. On construit une œuvre comme un édifice qui ne doit pas s’écrouler. Pierre Boulez avait trouvé une formule choc, poursuit le jeune compositeur, il parlait de bloc de durée. »

L’autre chemin emprunté par Fabien Touchard est celui de l’équilibre entre passé et présent. « On n’invente rien à partir de rien, admet le jeune homme. Même si le compositeur cherche toujours à inventer, il fait toujours avec son héritage musical. Dans cette pièce, j’ai voulu explorer cet aller et retour en passé et présent  en utilisant des fausses citations. »
En écoutant cette création, les mélomanes pourraient reconnaître des airs d’autres compositeurs mais Fabien Touchard les a légèrement détournés. C’est le cas d’une des fantaisies pour viole de gambe de Purcell. « On sent seulement l’esprit de Purcell. Ce thème fait office de centre de gravité ». Écoutez la septième fantaisie, c’est fascinant !
Fabien Touchard lors des répétitions de sa création
Munis de ces utiles clés d’écoute, l’auditeur entre à son tour dans le jeu. Fabien Touchard raconte que les musiciens, eux, ont trouvé d’autres influences comme celle du quintette à deux violoncelles de Schubert. « Possible, répond Fabien Touchard. Les fausses citations conscientes se mêlent à des citations inconscientes. Le plus gros travail de composition se fait de façon inconsciente. L’énergie primale qui nourrit le geste créatif n’est pas toujours conscientisé ».
Tel un historien d’art qui interprète la composition d’un tableau, le mélomane est aussi actif dans son écoute affirme Fabien Touchard. « C’est un échange complexe où tout le monde est actif. C’est aussi une autre forme d’équilibre ! »
Fabien Touchard à la chapelle de Ronchamp
Et le titre de ce concerto ? Fabien Touchard s’est inspiré d’un poème de William Blake. Ces deux vers livrent le sens profond et l’architecture de sa création. Une histoire où les ténèbres n’ont pas le dernier mot.
« When thy little heart doth wake,
Then the dreadful night shall break »
Ce sont les deux derniers vers du poème Cradle song de William Blake (1757-1827)
 
Sleep, sleep, beauty bright,
Dreaming in the joys of night;
Sleep, sleep; in thy sleep
Little sorrows sit and weep.
Sweet babe, in thy face
Soft desires I can trace,
Secret joys and secret smiles,
Little pretty infant wiles.
As thy softest limbs I feel,
Smiles as of the morning steal
O’er thy cheek, and o’er thy breast
Where thy little heart doth rest.
O the cunning wiles that creep
In thy little heart asleep!
When thy little heart doth wake,
Then the dreadful night shall break.
Fabien Touchard s’est également inspiré de poèmes pour les pièces qu’il vient d’enregistrer sur le CD « Beauté du monde » (Label Hortus) dont la sortie est prévue le 28 septembre prochain.
BIOGRAPHIE DE FABIEN TOUCHARD :
Fabien Touchard a étudié au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il a obtenu 9 prix (classes d’écriture, composition, orchestration, analyse, improvisation et accompagnement vocal), et à l’université Paris-IV Sorbonne où il a obtenu un Master de musicologie.Compositeur lauréat de la Fondation Banque populaire en 2014 et de la Fondation Franz Josef Reinl de Vienne/Münich en 2013, ses pièces sont données en France, en Allemagne, au Canada, aux Pays-Bas, en Bulgarie, au Japon… Il a enseigné l’harmonie et l’harmonisation au clavier à l’université Paris-Sorbonne avant d’être nommé professeur d’écriture au C.R.R. de Boulogne-Billancourt, où il est toujours en poste actuellement.Arrangeur et improvisateur, il travaille sur de nombreux spectacles et ciné-concerts à Paris et en province, notamment au cinéma Le Balzac où il organise en 2015 une Nuit du cinéconcert. La même année il est également nommé chef de chant au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris.Parmi ses derniers projets, citons une intégrale de ses quatuors à cordes par l’ensemble Stanislas de Nancy, une création pour récitant et ensemble donnée au théâtre de l’Athénée à Paris par le comédien Didier Sandre, un concerto pour violon et orchestre à cordes créé en août en la chapelle Notre-Dame de Ronchamp par Marianne Piketty, ainsi qu’un CD intégralement consacré à sa musique vocale à paraître cette année chez Hortus. Ses compositions sont éditées chez Aedam