Témoignages

Bonjour,

Les lignes que vous allez lire, ont été jetées sur le papier dans les jours qui ont suivi le Festival des Quatre Horizons. La mise en forme est plus tardive, mais j’ai tenu à conserver au travers de formule peut-être « simple » l’émotion que j’espère, elles continuent de traduire.

Je voudrais d’abord commencer par vous adresser des remerciements.

Merci à Paul Vincent et aux autres initiateurs du projet :
– un festival (auquel je puisse assister) qui soutient de jeunes artistes j’en rêvais, vous l’avez fait,
– vous vouliez faire vivre ce lieu, qu’une relation particulière se crée entre le visiteur, l’auditeur, les religieuses qui y vivent, les personnels qui y travaillent, les artistes et le lieu : c’est réussi, la chapelle a cette nouvelle dimension, lieu de vie avec des sœurs investies dans le monde, qui permettent à l’avenir d’advenir, lieu de recueillement, certes, mais lieu où, grâce à la musique, ce recueillement devient un immense plaisir qui continue à irriguer ma personne.

Merci aux sœurs et à sœur Brigitte d’avoir accueilli ce festival, les jeunes, les organisateurs et le public. Merci pour la petite bougie qui vacillait le samedi soir en extérieur, mais aussi les autres jours.

Merci à Jean-Jacques Virot pour ses 4 leçons d’architecture passionnantes.

Merci à François Robin, à sa main gauche qui dansait avec grâce sur la touche du violoncelle, merci aussi à son sourire.
Merci à tous les musiciens pour leurs sourires, leurs marques de complicité au sein des pupitres et entre pupitres, pendant les concerts, le plaisir communicatif qu’ils avaient à jouer ensemble.
Merci aux jeunes prodiges, à leur travail, à la qualité de l’exécution. Merci pour les rares erreurs ou  maladresses qui humanisent tellement l’artiste : vous n’êtes pas des machines froides jouant à la perfection, mais des artistes.

Merci à la Marianne Piketty pour son implication, pour la programmation : Bach mais aussi des compositeurs contemporains, qu’une excellente présentation à permis de rendre accessible, audible.

Merci à la chapelle et son acoustique qui m’a enfin donné le plaisir d’entendre clairement les parties d’altos.

Merci à l’organisation et à l’accueil, efficace, aimable et souriant.

Après les remerciements, voici quelques émotions ressenties par le spectateur et quelques remarques.

Je ne sais pas si les jeunes étaient croyants ou non, si la résidence dans un tel lieu à eu une influence sur leur travail et sur leur attitude pendant les concerts – je serais curieux de le savoir – , mais tout au long de cette semaine, comme Le Corbusier et Renzo Piano, ils ont fait œuvre de bâtisseurs.
Leur programme était un véritable monument par le nombre et la diversité des œuvres jouées – existe-t il un festival ou les mêmes artistes donnent à entendre autant d’œuvres ?.
Leur musique a bâti, pour le croyant que je suis, une chapelle, qui m’a permis de vivre une véritable expérience spirituelle, de tisser une relation plus forte avec la colline, la chapelle, le monastère et les Clarisses. Bien sur, vous n’avez fait que jouer de la musique, mais vous étiez douze (!), et c’était à la Chapelle.

Certes la journée de samedi était longue, mais pour le spectateur qui vous a suivi de la messe au spectacle du soir , c’était une expérience forte. J’en suis ressorti comme après les « Folles journées de Nantes » (plus précisément « Folles journées en région ») ou comme après un pèlerinage  : une expérience intense, musicale et spirituelle qui laisse le participant en suspends, en manque et qui nécessite du temps pour revenir à la réalité, toucher terre, être sevré mais déjà dans l’attente et l’espérance de la prochaine fois. J’ai même éprouvé l’impérieuse nécessité de retourner à la chapelle pour la messe du dimanche pour écouter le silence d’après la musique, comme Marianne Piketi nous y avait invité pendant les concerts. Vous n’étiez plus présent physiquement, mais votre musique emplissait encore la chapelle, ou, pour faire référence aux quatre leçons d’architecture, le vide de musique donnait tout son sens à la musique entendue les jours précédents et au lieu qui l’avait accueilli.

Les concerts dans la chapelle extérieur étaient une belle expérience. Pour le spectateur, l’acoustique était très bonne. Chaque partie instrumentale était audible, ce qui est assez rare dans les concerts ou souvent les violons écrasent les autres pupitres et où l’on ne perçoit jamais les altos. De plus cette clarté du son était perceptible dans tout l’espace de la « nef ».

Quant à savoir s’il faut jouer de jour ou de nuit, j’ai une préférence pour la nuit qui permet de voir la chapelle dans toute sa splendeur nocturne, splendeur nocturne que l’on a rarement l’occasion d’admirer. La nature, ses éléments, se font aussi plus présent la nuit et apport un je ne sais quoi de sur-réel.
Pour les spectateurs qui se plaignent du froid, il faut simplement bien les prévenir sur le programme et lors de la réservation pour qu’ils se couvrent bien. D’autres festivals sont en plein air, certains dans des lieux bien plus froid que Ronchamp (le cirque de Gavarnie!). Fin août j’ai assisté à des représentations le soir, en extérieur, « dans les Jardins de William Christie » en Vendée : le Festival vendait des plaids à l’estampille du festival.
Peut-être faire attention au vent dominant et essayer de jouer devant la façade sud. Je pense que tout le monde aurait été à l’abri du vent, les partitions n’auraient pas fait des leurs, la façade aurait peut-être restituée aux artistes un peu de la chaleur emmagasinée la journée. Mais l’acoustique serait-elle aussi bonne.
Jouer en plein jour a aussi ses inconvénients : il peut aussi faire très chaud à Ronchamp !

La chapelle intérieure (quand elle est pleine) a aussi une très bonne acoustique me semble t-il qui permet aussi de distinguer les différents pupitres. Par contre, quand elle est  vide comme lors de la visite, les instruments doivent jouer moins fort surtout les violons.

Intégrer une messe au festival était une idée forte qui lui a donné une autre dimension.

Les conférences étaient elles aussi très intéressantes : celle de Soeur Brigitte qui a fait revivre avec émotion la génèse du projet, ainsi que les 4 leçons d’architecture de Jean-Jacques Virot brèves et aussi lumineuses que la chapelle en plein soleil. Je n’oublie pas le guide du mercredi soir.

Pour les dates des spectacles, autant que faire se peut, faire attention de ne pas entrer en concurrence avec « Musique et mémoire ». C’était parfait cette année.
Très humblement, je souhaiterais vous faire par de quelques suggestions qui pourraient peut-être vous donner des idées pour les prochaines éditions du festival.
J’ai été très sensible à la dimension soutient des jeunes talents. Voici quelques pistes de réflexions qui pourrait développer cette dimension :
la commande ou l’exécution d’une œuvre pour cordes d’un jeune compositeur lui aussi fraîchement issu des conservatoires ;
permettre l’enregistrement de CD des jeunes artistes et les vendre après les concerts – je vous ai quitté frustré de ne pouvoir emporter du festival que mes souvenirs et mes émotions mais peut-être est-ce mieux ainsi ? J’ai quand même les programmes pour me tenir informé, grâce à internet, du devenir des jeunes prodiges sur internet ; tiens une idée, pourquoi pas un blog avec les actualités relatives à leurs carrières ?
inviter un jeune artiste ou créateur dans un autre domaine qui pourrait exposer, à la porterie, ses créations,
soit sans autre rapport avec la colline et le festival que d’être aussi un jeune talent prometteur,
soit en rapport avec le festival, la musique, la chapelle, le monastère, la colline.

Dans cet esprit, je me permets de vous inviter à consulter le site de Julia de Cooker, jeune photographe que j’ai découverte l’année dernière. Le hazard a voulu que je la rencontre le week-end précédent votre festival. J’ai remis sa carte à Monsieur Paul Vincent. Elle n’est pas au courant de ma démarche faite sur le coup de l’émotion le samedi soir après cette journée inoubliable. J’éprouve à son égard le même enthousiasme qu’à l’égard des onze jeunes qui ont joué durant cette semaine d’août.
www.juliadecooker.com

Enfin et  pour terminer, voici des considération plus terre à terre.
Vous l’avez compris, enthousiasmé par cette première édition, je réserve au moins une place pour chaque spectacle de la prochaine édition.
De plus, si vous créez une structure associative comme support du festival, je souhaite adhérer. Enfin, dans la mesure de mes possibilités, je suis volontaire pour vous aider à l’organisation de la prochaine édition (j’ai un monospace C8 cela peut peut-être vous intéresser pour les transport depuis les gares, ranger les chaises, … ).

J’espère que ces quelques lignes vous serons utiles,

Dans l’attente du deuxième opus et dans l’espoir de retrouver certains jeunes et d’en découvrir d’autres,

Très cordialement,

Etienne BEQUAIN